jeudi 21 mai 2020

Les messages de nos parents ?!


Ces petites phrases pas si anodines :

-        -   Mange ta soupe, sinon le loup viendra te manger
-        -  Si tu le dis à maman, je t’arrache les yeux
-        -  Si tu ne viens pas de suite, maman te laisse ici
-        -  Les grands garçons, ça ne pleure pas
-        -  Quand on est une petite fille bien élevée, on ne répond pas
-        -  Met ton manteau, j’ai froid !


Il n’y a bien sûr pas que les phrases, mais également les comportements :

-        -  Le regard de tristesse de votre mère lorsque vous la laissiez seule.
-        -  Ce père qui pince les seins de sa fille en riant.
-        -  Cette mère qui lance un regard accusateur à son fils qui a fait pipi au lit.
-        -  Cet oncle qui met son doigt sur sa bouche après vous avoir abusé
-        -  Cette maîtresse qui vous tire les cheveux lorsque vous parlez en classe
-        -  Cette grand-mère avec du poil au menton qu'on vous oblige à embrasser

Tous ces moments qui paraissent souvent anodins aux yeux d’un grand nombre d’adultes ont souvent eu un impact important dans la vie des enfants et par voie de conséquences sur les adultes qu’ils sont devenus.
Ces comportements et ces phrases sont venus se loger dans nos états du moi comme des souvenirs, des croyances, des fantasmes qui colorent nos comportements d’aujourd’hui.

Lorsqu’un enfant entend : « Berthe aux grands pieds », il peut entendre : tu as de grands pieds et ce n’est pas OK, tes pieds sont moches, tu es moche, tu es différent(e) et ce n’est pas bien… Ce message va se loger dans son état du moi Parent (P1 le plus souvent).

Ce n’est pas le message qui pose le plus de problèmes parfois, mais ce que comprend l’enfant. 

Pour faire face au sentiment qu’il ressent, il va parfois prendre des décisions importantes : puisque c’est comme ça :

-        -  Je ne dirais plus rien
-        -  Je resterais petit
-        -  Je ne pleurerais plus jamais devant quelqu’un
-        -  Je ne ressentirais plus de plaisir
-        -  Je les ferais souffrir
-        -  Je ne marierais jamais
-        -  Je n’aurais jamais d’enfant

Ces décisions vont colorer les idées, les fantasmes, les émotions et les comportements de l’enfant, de l’adolescent et ce que va faire l’adulte de sa vie. Souvent devenues inconscientes à l’âge adulte, les grandes personnes ne soupçonnent pas que ce qui se passe dans leur vie est très dépendant des décisions qu’ils ont prises enfants et que ce qui leur arrive dépend grandement d’eux-mêmes.

C’est un difficile moment que de constater que nous sommes là où nous avions décidé d’aller enfant en réaction à ces phrases et ces comportements qui nous ont marqués. Il est également souvent difficile pour beaucoup de personnes d’en vouloir à leur parent, parce qu’au fond, l’Enfant sait que c’est lui et lui seul qui a engagé la décision.

« Je ne peux pas leur en vouloir, ils ont fait ce qu’ils ont pu »
« Vous savez à l’époque, c’était comme ça »
« Ma pauvre mère a tellement souffert… »

Rappelons quand même aux petits enfants des grandes personnes que nous sommes devenues, ou plus précisément à notre enfant intérieur, que ce n’est pas parce qu’on vous marche involontairement sur le pied qu’il faut serrer les dents en laissant son pied sous celui de l’autre ! Sauf si cette grande personne répond encore à un vieux message parental qu’elle a compris comme : Sois fort(e), Ne ressens pas, Ne dis pas ce que tu sens, Ne dérange pas, Fais des efforts…

Les grandes personnes ont des droits et des devoirs et les enfants également. Hélas, ces droits et ces devoirs sont si vagues que chacun peut les interpréter à sa manière :

-        -  Une bonne claque n’a jamais fait de mal à personne
-        -  Oh, mais, c’est elle qui a voulu se déshabiller devant moi
-        -  Il ne faut pas gâcher la nourriture
-        -  J’assure sa sécurité ! C’est pour cela qu’elle ne sortira jamais dehors
-        -  Je ne vois pas en quoi dormir avec ma fille de 10 ans est un problème !
-        -  La vie est dure, il fallait bien que mon père m’apprenne à me défendre…

Et vous, que vous disaient ou que faisaient vos parents quand vous étiez petits ou petites ? Qu’en avez-vous compris ? Et qu’en avez-vous conclu ? (Si vous souhaitez partager : c'est ici)

Exemple de Jeanne X : Quand j’étais petit papa me disait : dans la vie, on ne peut compter que sur soi. J’ai compris : sois-fort. J’en ai conclu qu’il fallait se débrouiller seul. Depuis, je ne demande rien à personne ! L’inconvénient, c’est que du coup, je suis très seul !
La bonne nouvelle, c’est que ces croyances et ces décisions sont toujours modifiables. En refusant par exemple de croire : le loup a bien autre chose à faire que me manger ! Et si vous êtes parent, il est toujours possible de revenir sur ce que vous avez dit : Tu sais quand je t’ai dit l’autre jour que le loup viendrait te manger. Je l’ai dit parce que j’étais en colère et ce n’est pas bien parce que j’aurais dû te dire : je me sens en colère d’avoir passé du temps à faire cette soupe et quand tu ne la finis pas j’imagine que c’est parce que tu ne l’aimes pas et alors je me dis que tu ne m’aimes pas, mais en vérité je ne suis pas cette soupe n’est-ce pas ?! Je t’aime que tu manges ta soupe ou pas, que tu sois en colère ou pas ! Et tu as tout à fait le droit de ne plus avoir faim ou de ne pas aimer ma soupe. Et puis, tu sais, en vérité, les loups ne mangent pas les enfants. Jamais ! Jamais ! Que tu finisses ta soupe ou pas…  

Remettre en cause ses croyances, c’est être prêt à accepter que la vie change. Comme pour tout changement, quand la vie devient belle par exemple, une phase de deuil s’engage et nous nous sentons parfois tristes ou en colère et cela est tout à fait « normal ». Certaines personnes préfèrent éviter cela parce que cela leur paraît trop difficile ou  interdit : c’est la vie ! Pourtant, c’est en faisant le deuil que l’on peut s’ouvrir à ce que l’on attend vraiment. La vie parfois nous fait des cadeaux simplement parce que nous étions prêts à les recevoir.

  
Illustration : Magaly Chazot-Ghanem

mercredi 15 avril 2020

L'antidote à l'impuissance

L'impuissance : Définition "1" du Petit Larousse :

"Manque de force, de moyens, pour faire une chose."

Ce manque de force, de moyens pour faire quelque chose peut être dû à :
- la méconnaissance de sa propre force, de ses propres moyens, de ses propres ressources
- la méconnaissance du changement possible de la situation, de l'autre ou de soi-même : par exemple, je ne peux changer quelqu'un qui ne souhaite pas changer.
- l'impossibilité physique ou matérielle que la situation soit changée : à ce jour, par exemple, il m'est impossible de changer le fait qu'il y ait un virus COVID-19. Je n'ai ni les connaissances, ni la technique... d'éliminer ce virus. Je ne peux qu'appliquer ce que la Loi m'impose et ce que les scientifiques préconisent. Je peux toutefois poser des questions, m'informer, réfléchir à des solutions.
- la méconnaissance des options possibles : parfois, nous ne voyons pas les solutions possibles.
- la méconnaissance du problème : si j'ai mal au ventre, mais que je ne sais pas ce qui provoque ce mal de ventre, il est probable que je sois limitée en terme de solutions.

Le sentiment d'impuissance vient de l'impossibilité de régler le problème, de changer ce que nous voulons changer ou faire ce que nous voulons faire. Soit parce que la situation est effectivement impossible à changer : je ne peux déplacer ce ravin qui se trouve devant moi (mais, je peux peut-être construire un pont avec de l'aide ou faire un détour). Soit parce que je ne me sens pas en capacité de changer, de faire, soit parce que je n'ai pas encore perçu le problème ou encore parce que je ne vois pas du tout le problème. Il se peut même que je n'ai pas envie de changer les choses (dans ce cas il est probable que je ne sente pas cette impuissance puisque je ne me sens pas dans l'impossibilité de changer quelque chose, ne souhaitant pas le changer).

L'antidote ?


Peut-être puis-je accepter que ce ravin soit là et bien là devant moi. Peut-être puis-je accepter que je ne sache pas voler et que je n'aie pas de pouvoirs magiques à faire disparaître ce ravin (toute-puissance). Je peux donc peut-être reconnaître mes propres limites à changer ce qui est extérieur à moi. Accepter mes limites et les émotions que cette impuissance provoque chez moi et chez les autres. Si je veux changer quelque chose chez l'autre et que l'autre ne veut pas ou ne peut pas, puis-je accepter l'impuissance de l'autre, la frustration que cela procure chez moi tout en acceptant mes propres limites, besoins ou envies. Si je dis non à quelqu'un qui veut quelque chose de moi que je ne veux pas lui donner, puis-je accepter que sa réaction lui appartienne (arrêter de porter la responsabilité des actes de l'autre).


L'antidote consiste à retrouver mon pouvoir personnel là où il est possible :
- quelles sont mes compétences ?
- quels sont mes besoins et mes envies ?
- parmi ces besoins, ces envies, ces angoisses, est-ce que je peux les satisfaire par moi même ? Avec l'aide de quelqu'un ou de quelque chose.
- puis-je agir seul pour moi-même ?
- qui peut m'aider ?

Je peux alors me donner le temps, l'espace et les moyens d'agir pour moi-même dans le respect de l'autre, sans avoir à changer cet autre ou cette situation si insatisfaisante pour moi.

La puissance, antidote à l'impuissance.

La puissance n'est pas le "pouvoir", "la domination", ni même le "commandement". La puissance, c'est cette capacité d'utiliser sa force, ses ressources, sa créativité, tous les moyens possibles. C'est la capacité d'être soi en acceptant ce qui ne peut être changé, ses limites et celles des autres ou celles de l'environnement. La puissance, c'est d'utiliser tous les possibles pour aller vers la réussite. Trouver la congruence entre ce que je suis, mes savoirs, mes compétences et mes limites, mes désirs et mes besoins confrontés au monde ou à la réalité de l'autre.

La puissance ne peut exister sans la protection et la permission que l'on se donne.

Je suis puissant(e) quand je me donne la permission d'être moi-même, en prenant soin de mes besoins et de mes désirs dans la limite de mes connaissances, de mes croyances, de l'autre ou de l'environnement.

Je suis puissant(e) quand je me pose à penser à ce que je peux faire pour franchir le ravin : construire un pont en trouvant les personnes compétentes pour m'aider - descendre dans le ravin avec le matériel nécessaire - faire un détour en me permettant de prendre mon temps - choisir un autre chemin en laissant le ravin où il se trouve - ...et vous que feriez-vous si vous utilisez votre puissance devant ce ravin qui vous sépare de là où vous voulez aller ?

Texte : Karine Danan
Photo : Magaly Chazot